Dans cette interview exclusive, le président du Tribunal de première instance d’Oyem, Alexis Obame Ella, nous présente la face cachée de ladite juridiction, construite en 1977 et dont les conditions de travail deviennent inhumaines. Pas de matériel informatique, des équipements de bureaux vétustes et/ou inexistant, des une bâtisse qui s’écroule sous le poids de l’âge, avec des plafonds éventrés par faute d’étanchéité…Le président a, enfin, réagi sur les nouveaux prix l’Extrait de Casier judiciaire, pratiqués au sein de sa juridiction depuis quelques temps.

Jouractu. Nous venons d’effectuer avec vous, une visite de tous les services du Tribunal de première instance d’Oyem dont vous êtes le premier responsable. Que pouvons-nous retenir de ce tour de propriétaire ?

Alexis Obame Ella. « Il faut dire qu’à la prise de mes fonctions ici en 2023, mon prédécesseur m’a fait le tour du propriétaire. C’est au cours de ce parcours, que j’ai réalisé que ce tribunal connaissait vraiment beaucoup de problèmes. Que je connaissais déjà. Pour avoir servi dans cette juridiction, parce que je suis à mon troisième séjour au tribunal d’Oyem. Je connaissais déjà les difficultés que traversait ce tribunal. Sauf que, quand je pars d’ici en 2012, et que je reviens en 2023, je constate que beaucoup de choses n’ont pas changé. Beaucoup sont même allées dans le pire.

Jouractu. Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

– Vous avez vu à la haut (Ndr à l’étage), quand on a fait le tour du propriétaire, avec les plafonds qui sont éventrés pour des raisons d’étanchéité qui n’a pas été renouvelée jusque là (…). Ce qui fait qu’après avoir fait le tour du propriétaire, juste après ma prise de fonction, j’ai fait un rapport à la hiérarchie, dans lequel je relatais un peu, tout ce qu’on a constaté comme dysfonctionnement structurel. Sauf que, depuis lors, je n’ai toujours pas eu des réponses à ce rapport. Mieux, le ministre de la Justice, lorsqu’en 2024, venait procéder à l’installation de monsieur le Premier président sortant de la Cour d’appel, on lui a fait faire le tour du propriétaire également. Lui-même a constaté de visu, qu’il y avait des problèmes à résoudre au sein de cette juridiction.

Jouractu. Quelle a été la réaction du Garde des sceaux au vu de ce triste constat ?

– Il nous a fait des promesses, que ces problèmes allaient être résolus à son niveau dans les meilleurs délais. Vous constatez avec moi aujourd’hui que rien n’a été fait malheureusement. Nous ne savons pas trop pourquoi ? Et, nous continuons à travailler dans ces conditions exécrables (…). C’est la réalité aujourd’hui de la juridiction d’Oyem, qui vit des moments sombres.

Jouractu. Rencontrez-vous d’autres difficultés dans l’exercice de vos fonctions ?

– Bien sûr. L’autre pan, c’est le problème d’électricité. Lorsque tous les bureaux ici sont alimentés, le courant se coupe toutes les 15, 20 minutes. On pensait qu’il y avait un petit problème. Nous avons pris un électricien, qui a essayé de changer les choses. Mais, ça perdure. On a appelé les techniciens de la SEEG (Ndr Société d’énergie et d’eau du Gabon), qui nous ont fait savoir que nous sommes en situation de surcharge, et qu’il fallait un nouveau compteur pour alimenter l’un des compartiments, c’est-à-dire celui du haut. Nous sommes toujours dans cette situation aujourd’hui. Ce qui fait que, parfois vous êtes en train de travailler et, subitement, le courant se coupe. Dans ces conditions, il faut que quelqu’un aille au compteur pour le remonter. Si vous n’avez pas enregistré votre travail dans votre ordinateur, vous êtes contraints de le recommencer. Et, s’il doit se couper de nouveau dans les 15 prochaine minutes, vous voyez quel mal ça fait. Ça ne motive pas à travailler dans de telles conditions.

Jouractu. Avec de telles difficultés de travail, peut-on réellement s’attendre à de meilleurs rendements des personnels du tribunal d’Oyem ?

Le rendement ! C’est trop dire. Faut dire que les collègues et collaborateurs essaient à leurs niveaux, de faire les efforts. Vous savez que, quand vous travaillez dans un milieu qui n’est pas propice à l’excellence, vous ne pouvez pas aller au-delà de vos efforts. Nous faisons ce que nous pouvons. J’avoue que, ça ne nous permet pas d’atteindre l’excellence sollicitée et réclamée par notre hiérarchie.

Jouractu. Est-ce à dire que le tribunal d’Oyem n’a pas un budget conséquent pour pallier à certaines de ses difficultés ?

Je ne saurais m’avancer sur ce plan. Ce que je sais, à mon niveau, c’est que dans un tribunal, l’administrateur des crédits c’est le Procureur de la République. C’est peut-être elle qui pourrait mieux vous situer à ce niveau. Ce que je sais, c’est qu’elle a un crédit de fonctionnement (…). Pour une juridiction qui doit fonctionner avec du papier, des consommables, etc. Si on vous alloue un budget annuel de trois millions. Que pouvez-vous faire avec un tel budget ? Rien que des cartouches d’encre utilisées par les greffiers et les juges coûtent 25 mille F CFA l’unité. Vous ne pouvez pas faire un mois avec une seule cartouche d’encre (…). Vous voyez qu’avec le nombre de bureaux que nous avons, je ne sais si trois millions peuvent nous permettre de fonctionner normalement.

Jouractu. Quel appel pouvez-vous alors lancé à l’endroit de votre tutelle et des hautes autorités du pays ?

L’appel est simple. C’est de nous permettre de travailler dans dee conditions optimales, c’est-à-dire de nous mettre dans les meilleurs conditions de travail. Il faut renouveler nos outils de travail, c’est-à-dire le mobilier. Il faut que le ministère prenne en compte nos réclamations liées à l’investissement sur l’étanchéité, le compteur d’électricité, etc. En somme, il faut que la tutelle nous mette dans dee meilleurs conditions de travail si nous voulons atteindre l’excellence qui est sollicitée par eux.

Jouractu. Monsieur le président nous voulons, avant de clore notre entretien, aborder la question liée à l’établissement du l’Extrait de casier judiciaire. Il nous revient avec insistance que, depuis quelques semaines, les usagers sont sommés par vos collaborateurs de ce service, de payer les sommes de 5000 F CFA pour récupérer l’extrait après deux heures, 3000 F CFA pour récupérer le lendemain et 1500 F CFA pour en récupérer une semaine plus tard. Êtes-vous informés de cette nouvelle donne ? Ou bien y-a-t-il eu une note de service qui a fixée ces nouveaux prix au sein de votre juridiction ?

Le prix du Casier judiciaire n’a jamais changé. C’est peut-être une mauvaise pratique de ceux qui sont en charge de ce document. Le prix du Casier judiciaire demeure toujours à 1500 F CFA. Il n’a jamais changé. Parce que s’il doit changer, il faut qu’on recevoive une circulaire ou une note du ministère, nous indiquant que désormais, c’est tel prix qui doit être pratiqué pour le Casier judiciaire. Or, on a reçu aucune injonction, encore moins aucune information à ce niveau. Ça veut dire que le Casier judiciaire est toujours à 1500 F CFA. La pratique c’est que, ceux qui établissent le Casier judiciaire – pour ça, il faut le reconnaître -, sont eux, parfois, lorsque vous venez pour une urgence, ils vous demandent de payer tel montant. Ce sont eux qui sont à l’origine de ces prix, des variantes. Sinon, le Casier judiciaire en lui-même, le prix qui est fixé et homologué est de 1500 F CFA ».

Propos recueillis par la Rédaction

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